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Autres textes divers

 *  Poèmes qui content une légende ou une histoire

       * La légende de Frontenac, son premier poème à lire au chapitre Poésie

     * La légende du  Gourg de Lantouy

Je sais une légende, sans doute millénaire,

Qui s’attache à un coin de notre vieux Quercy.

C’est l’histoire poignante et pleine de mystère

D’un drame du passé au Val de Lantouy.

 

Donc, il y a longtemps, peut-être au Moyen Age,

Dans un petit vallon sombre et mélancolique,

Un couvent érigeait dans un décor sauvage

Ses bâtiments trapus, silencieux, archaïques.

Des nonnes vivaient là en travaux, en prières,

Retirées à jamais du monde des vivants,

Recluses sous le toit de ce vieux monastère,

N’ayant pour compagnons que leur Dieu et le vent.

Or, le funeste jour où naquit la légende

Qui à travers les temps à nous est arrivée,

Elles lavaient au ru sautillant sur la lande,

Etalant sur le pré cornettes lessivées.

Une humble paysanne les aidait à l’ouvrage,

Brandissant vaillamment le linge au fil de l’eau,

Tandis que son enfant, sage comme une image,

Dormait à l’abbaye dans son pauvre berceau.

Vers le milieu du jour, elle va, harassée,

Manger quelque morceau et nourrir l’enfançon.

Fatigue et ventre creux font sa marche pressée.

Elle avale un brouet très vite et sans façon:

«Le petit attendra», dit-elle, «et si je mets

Autant d’empressement à manger un morceau,

C’est qu’il est évident que ce succulent mets

Va mettre du bon lait dessous mon caraco».

«Mais oui», lui dit la sœur, «mangez donc, bonne femme»,

Riant, sous son bonnet, de la pauvre affamée.

«Ah, Seigneur, qu’est-ce donc? Ah, misérable, infâme!

Là… dans mon écuelle…un petit doigt aimé…

Mon Dieu, jetez vos yeux sur ma douleur amère!»,

Criait-elle, éperdue, au milieu de ses pleurs.

«Sors en faisant un vœu hors de ce monastère»,

Lui souffla une voix tombant sur son malheur.

 

 

Elle quitte les lieux où les nonnes ogresses

Avaient, de leur forfait, son cœur crucifié,

Jetant aux horizons ses cris pleins de détresse

Et pleurant de douleur l’enfant sacrifié.

«Puisque, Seigneur, un vœu Tu permets que je fasse,

Est-ce trop demander pour punir ces démons

Voir les plus hautes pierres descendre les plus basses?

Fais justice, Seigneur, vois, je perds la raison !».

Alors, dans un fracas terrible et sans appel,

Le couvent s’effondra sur les nonnes démentes

Dans un gouffre rempli d’une eau couleur du ciel

Qui sut le dévorer de sa volute lente.

Et depuis ce jour-là, le vieux gourg, doucement,

Fait tourner ses eaux claires sous des arbres antiques,

Tandis que, près de lui, démantelé, béant,

Se dresse encore, tout gris, un reste de portique.

La légende nous dit qu’un frêle carillon

Au passant attardé signale sa présence;

Montant du fond des eaux, avec le tourbillon,

L’airain fantomatique pleure dans le silence.

 

Et voilà terminé le conte merveilleux

Qui anima jadis mes veillées enfantines.

Voyageur, passe voir le gourg mystérieux,

                        Peut-être entendras-tu la clochette argentine…..            1951

    * Pataud, l'histoire de son chien

Mes quinze ans endiablés avaient pour compagnon

Un berger dévoué, couleur de champignon.

Avec lui, je courais au hasard des pacages

Derrière mon troupeau. Heureux vagabondages!

Notre vie à tous deux allait au gré du temps,

Dans l’automne rouillé ou dans le vert printemps.

A cette libre vie où chantait ma jeunesse,

Je vouais à Pataud une grande tendresse.

En famille, le soir, devant le feu de bois,

Nous savions lui garder une place de choix.

Alors, béatement, il prêtait son échine

Au dada quotidien de notre benjamine.

Sa bonne volonté n’avait pas de limites.

Pauvre de pedigree mais noble de mérites,

Il chassait le lapin, le renard, la perdrix,

Bref il savait tout faire sans avoir rien appris.

 

Mais, un néfaste jour, en rentrant le troupeau,

Un bœuf, de son sabot, le frappa au museau.

Il ne put en guérir, en vain il se lécha

Et ma mère tremblait que Margot le touchât.

«Tue ce chien», disait-elle, «ne vois-tu pas qu’il souffre?»,

Mais mon père observait un silence farouche.

Ils s’en allaient alors vers le bois du Pesquier

Goûter leur double joie à l’affût d’un terrier.

Nous guettions leur retour derrière les fenêtres,

Souhaitant et redoutant voir Pataud reparaître.

Un soir de mai, enfin, de sa chasse en forêt,

Le père revint seul, la gorge bien serrée.

Nous savions qu’il avait laissé, vaille que vaille,

Un pauvre chien crevé, là-haut, dans la broussaille.

Et quand vint le moment de la soupe du soir,

Une vieille écuelle était là, dans le noir….

 

De mon brave Pataud je chante les louanges.

Au paradis des chiens il est avec les anges.

                                                                                                                         1952-Paru dans Bonnes Soirées en 1962

* Humour à l'occasion d'un petit désagrément...

Anniversaire

 

 

Pour parer à l’oubli de mes ingrats chéris

Et pour gâter un peu ma trop tendre nature,

Je me suis donc offert quelques fleurs sans verdure

Qui, encore à ce jour, ne sont point défleuries……...

 

Un immense bouquet de rougeoyants boutons

Recouvre tout mon moi des panards au menton.

Je les chatouille tous et ce n’est que justice :

Ils sont tous mes enfants et j’en suis la nourrice.

 

Je gratte, je caresse, j’écorche, j’égratigne

Toutes ces fleurs surgies de mes humeurs malignes.

C’est un anniversaire on ne peut moins banal.

Ma trogne bien fleurie me donne l’ait jovial.

 

Et si j’ai, par moments, des raisons de m’en plaindre,

Je me console un brin et j’arrête de geindre,

Me disant qu’après tout, pour un dix-sept janvier,

J’ai été bien fleurie et qu’on doit m’envier.

 

Jamais je n’aurai eu plus bel anniversaire,

Plus ravissants bouquets que ces fleurs d’urticaire….

……………………………………………..

Mais tes flambants œillets vinrent tout démolir

Et sous mes grattazous, je me sens défaillir.

   * Une petite fable humoristique

Les farces de Toinon

 

Toinon criait « Au feu ! » comme ça, pour la frime,

Pour voir courir jambes et seaux

Sur les pentes de l’Engadine.

L’étourdie s’esclaffait : « Ah, sont-ils ridicules !

Sont-ils naïfs, les pauvres sots !

Est-il permis d’être gens si crédules !… »

 

Toinon hurlait « Au loup ! » du mitan des jachères

Pour ameuter les pastoureaux

Qui couraient sus à la bergère.

Toinon les accueillait en disant : « C’est pour rire,

Point n’ai de loup dans mon troupeau,

A vos pareils, allez le dire ! »

 

Toinon braie « Au voleur ! » une nuit de décembre,

Désagrège tous les veilleux

Qui pour l’aider vident les chambres.

« Ah ! Ah ! Les pauvres fous ! » se gaussa la Toinette

Hors des bonnes grâces du feu

Ont-ils plaisante bobinette ! »

 

Mais un jour, le chaton Hercule

Qui ronronnait près des tisons

Se roussit plus que de raison,

Consuma le lit, la pendule…..

« Au feu ! », s’égosilla Toinon,

Plus fort que chat-huant hulule !

Restèrent closes les maisons !

 

Dans les genets, un soir de frime,

Paissaient de Toinon les agneaux.

Mais Goupil, pour ses renardeaux

A grands coups de croc les décime….

« Au loup ! », s’épouvanta Toinon,

Hélant les bergers, sur les cimes…..

Ne vint qu’un air de mirliton…

 

Rentrant du marché à la brune,

Toute bardée de lourds fardeaux,

De l’argent plein ses affûtiaux,

Des malandrins fit la fortune.

« Aux voleurs ! », s’affola Toinon.

D’âme zélée n’en vit pas une,

Restèrent sourdes les maisons !…

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* Quelques nouvelles ou histoires en prose

        * Pépé Vieux

 

- Où est donc passée la grande ? Où s’est-elle encore sauvée ?

L’interrogation impatientée, dénuée de sourdine, de ma mère montait jusqu’à moi, me tirait de ma contemplation silencieuse, dérangeait mon aguet. Je m’empressais de la renseigner avant qu’elle ne parte à ma recherche à grands cris.

-Je suis avec Pépé vieux.

Je savais que ma réponse allait tomber de la lucarne ouverte à mes côtés sur le balcon, la cour et jusque dans l’oreille de maman qui sondait les alentours vides de sa fille aînée.

Car la grande, c’était moi. Depuis la naissance de Line, ma blonde petite sœur, on me désignait, on m’interpellait, on me grondait en usant de ce dénominatif que je n’aimais pas.

Mes huit ans en ressentaient toute la rudesse et s’en agaçaient. Ma réponse ayant tranquillisé ma mère, le silence se rétablissait. Je rectifiais ma position sur le couvre-pieds au rebut sur lequel je gisais à plat ventre, face à mon livre, serrais un peu plus contre moi la barbe blanche et bouclée du Pépé Vieux, mon compagnon fidèle, et poursuivais le défilé, un instant interrompu, des images. Et quelles images ! Celles, cruelles, tragiques, inoubliables de l’Histoire de France dont je m’imbibais longuement avec passion : Vercingétorix, vaincu, qui jetait aux pieds de César ses attributs de chef, farouche et digne derrière sa moustache ; le serf guenilleux agenouillé sur le bord des douves du château, frappant l’eau croupie de son bâton, afin que le chant des grenouilles ne trouble pas le sommeil de Messire aux châtiments redoutables ; l’évêque de Laon, Gaudry, extrait du tonneau où il se terrait, succombant sous les coups de hachette répétés d’une populace qu’il avait mécontentée. Encore quelques feuillets tournés et Ravaillac m’apparaissait, le poignard haut levé face au pourpoint du bon roi Henri qui aimait tant la poule au pot. Une deuxième image montrait le criminel allongé sur la roue du supplice, un cheval attelé à chacun de ses membres. Je fuyais cette sauvagerie jusqu’à la rencontre de la tiare d’or, des mains bénisseuses de Saint Louis assis sous son chêne. La douce figure de Jeanne d’Arc ficelée à son poteau dans sa robe d’innocence, de ses yeux levés au ciel, parachevait l’apaisement de mes émois.

Page après page, sans souci de chronologie, je parcourais le temps, avançais, reculais, sautais à travers les siècles en la seule compagnie de mon Pépé blafard dont je caressais, pour me rassurer, la tête froide et muette. A l’enfant de huit ans que j’étais, les vastes solitudes du grenier de grand-mère inspiraient quelques craintes. Les surfaces à peu près vides de ce grand galetas se déployaient sous les arcatures d’une lourde charpente. Son parquet empoussiéré s’éclairait de quelques flaques de jour jaillies de lucarnes ouvertes sur le ciel comme des yeux. Dans l’épais silence omniprésent, face aux caisses scolaires de l’oncle Pierre, le maître d’école de la famille, remisées là après sa mort et au sein desquelles, selon les dires de grand-mère, mes furetages mettaient grand désordre, je vivais le plein bonheur de mes escapades livresques.

Tout en déchiffrant avec de grands efforts les légendes écrites sous les gravures, je suivais, du bout des doigts, les aspérités rugueuses de la chevelure de plâtre, la barbe frisée du bon génie qui m’aidait à vaincre les peurs insidieuses qui m’assaillaient lorsque, brusquement, l’écho attaché à ces lieux manifestait sa présence fantomatique. En dépit de l’attrait qu’exerçaient sur moi les malles pleines de volumes, sans la présence de Pépé Vieux, je me serais enfuie.

Il m’arrivait de m’interroger à son sujet. Qui était-il ? Avait-il réellement existé ? Je soupçonnais, mais très vaguement, qu’il avait dû échouer là au cours d’un exil commun avec les caisses. J’ignorais tout, et personne autour de moi ne se souciait de me révéler le mystère d’une identité dont je n’étais pas curieuse.

Il ne pouvait en être autrement, j’abandonnais souvent Pépé Vieux à sa solitude pour suivre mes parents aux champs, mais surtout pour aller à l’école.

***

L’année de mes 9 ans, Madame Arac, notre institutrice, entreprit de nous initier à l’expression poétique dont elle faisait grand cas. Elle nous fit apprendre plusieurs poèmes extraits, nous dit-elle, d’une œuvre appelée « Les Contemplations » dont l’auteur se nommait Victor Hugo. Les strophes coulaient entre nos lèvres, douces, tendres, émouvantes.

« Elle était pâle et pourtant rose, Petite avec de longs cheveux… »

Ou bien encore :

« Elle avait dix ans et moi trente J’étais pour elle l’univers… »

Tandis que nous récitions, attentifs à la satisfaire, Madame Arac abandonnait son visage à l’émotion, une teinte d’ivoire gagnait ses joues. Elle jugea sans doute qu’il serait bon de nous donner les raisons de son trouble et, du haut de son pupitre, nous conta l’histoire de ces vers pathétiques :

-« Le poète, commença-t-elle, créa ces quatrains à la suite d’un chagrin effroyable que lui causa la mort de sa fille Léopoldine, noyée à Villequier, près du Havre. La souffrance de ce père se retrouve dans toute cette œuvre, hantée par le souvenir de son enfant. Victor Hugo, poursuivit notre narratrice, se trouvait en voyage en en Espagne lors de la tragédie. La nouvelle lui fut révélée sur le chemin du retour par un journal qui traînait sur une table, dans l’auberge où il était entré se rafraîchir. »

La classe entière faisait silence, suspendue au récit de Madame Arac.  « Il apprit donc par hasard l’atroce fin de sa chère Léopoldine, tout juste âgée de dix-neuf ans, noyée dans la Seine en même temps que son mari, au cours d’une promenade en barque. Le jeune couple n’était marié que depuis six mois. »

Madame marqua une pause, essuya ses yeux d’un mouchoir furtif, puis reprit, la voix mal assurée :

-« Les ongles de Léopoldine étaient restés enfoncés dans le bois de l’embarcation…. »

 

 

Sur nous tous, le silence s’appesantit plus encore :

-« Victor Hugo ne put jamais guérir de cette douleur horrible, il la porta en lui sa vie durant, ce qui nous vaut cette poésie superbe, immortelle. »

Madame se laissait aller à pleurer et, apparemment, n’en ressentait aucune gêne.

Elle se leva de sa chaire, vint à nous, un livre ouvert entre les mains.  « Voici le portrait du poète, faites-le circuler », nous ordonna-t-elle, d’une voix enrouée où s’entendait le frémissement des larmes. Ce disant, elle remit l’ouvrage à un élève du premier rang. Pendant que le recueil poétique naviguait de table en table, notre institutrice commentait :

-« Observez ce visage empreint de bonté, la douceur mélancolique du regard. »

Au bout de quelques instants, le volume grand ouvert fut déposé devant moi. A mon tour, je me penchai, sursautai aussitôt en faisant « Oh ! », un oh réprimé, caché, rien qu’à moi, qui n’aboutit qu’au fond de ma gorge sans jaillir, sonore, au dehors, mais dont l’onde de choc poursuivit son ascension en provoquant à la surface de mon crâne une vague brûlante qui déferla plusieurs secondes tandis que, pétrifiée, je fixais le portrait.

Bien cadré au milieu de la page, la chevelure drue, la barbe frisotée, l’œil velouté de tendresse, Pépé Vieux me regardait.

 

* Autres contes et nouvelles

Un certain nombre d'autres contes inédits ont été traduits en occitan par son beau-frère Louis, dit Loulou, occitaniste passionné, et publiés dans une jeune revue quercynoise, "Olt, felibres carcinols et de Nanta Guyena".

Il s'agit de:

* La poule du Pépé  (La pola del papeta)

* L'adieu de Germain  (L'adieu del Germain)

* Une histoire de "quatre heures"  (Una istoria de quatr'oras)

* La femme en rouge  (Marius e la femmea roja)

En voici un:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Un article à la demande de La Dépêche du Midi en 1992

(On peut noter avec un peu d'ironie que le journal se trompe par 2 fois sur le titre du roman... De l'à-peu-près, comme souvent chez les journalistes locaux.....)

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